
Technologies propres
Des déchets de raisins pour déneiger
Une jeune société suisse créée à Genève en 2011 a présenté en décembre une solution originale de substitution du sel pour le déneigement des routes, mettant en oeuvre des résidus de pressurage du raisin et permettant de réduire de 70 % la quantité de sel utilisé.
L'hiver 2010-2011 a plus que jamais mis en exergue la problématique du déneigement, avec des records de consommation de sel de déneigement : 2 millions de tonnes en France, 4 millions en Allemagne, 10 millions aux Etats-Unis... Les problèmes soulevés sont avant tout environnementaux car les fortes quantités de sel dispersées dans la nature nuisent fortement à la qualité des eaux, mais aussi à la fertilité des sols, impactent directement la croissance des plantes en générant des dépôts aériens sur les bourgeons ou créent des intoxications animales. La liste des nuisances reconnues est ainsi très longue, et on pourrait y ajouter les impacts de corrosion et un coût économique très élevé du fait de la nécessité de régulièrement appliquer le sel durant la période neigeuse. Pas étonnant que des recherches sur les alternatives à ce produit soient engagées activement. Green news Techno avait ainsi présenté en décembre 2010 le produit "Stop Gliss Bio" du suisse CPAG, un copeau de bois imprégné de chlorure de magnésium qui libérait progressivement le produit actif et affichait ainsi une grande rémanence en réduisant l'impact sur l'environnement par rapport aux sels classiques (Green News Techno n°13). A Berne, l'Office fédéral des routes teste aussi un mélange liquide sucré-salé moins agressif à l'égard de l'environnement composé de sel et de résidus de production du sucre et au Canada, des tests similaires sont menés avec des mélanges à base de mélasse. C'est encore une autre voie que propose la jeune société BTHI Holding avec le SnowFree qui vient d'être présenté en France. Elle conjugue deux actions : la libération progressive de sels et une réaction exothermique de décomposition du produit. Sels et chaleur permettent ainsi une action très rapide de fonte de la neige. La forme et la composition des granules sont étudiées pour libérer uniquement la quantité de sel nécessaire pour atteindre la température indispensable et optimiser la fonte. En outre, cette action est rémanente car les granules de Snowfree se décomposent progressivement et peuvent ainsi agir efficacement en déneigement sur une période de plus de 4 semaines. Cette innovation résulte de l'observation et des travaux d'un parfumeur qui recherchait il y a deux ans une molécule naturelle pour absorber des principes actifs odorants et avait constaté et validé la grande porosité des grains de raisins. Parallèlement, il s'était interrogé sur le fait que la neige dans les vignes fondaient plus rapidement qu'ailleurs. C'est ainsi que Florent Théotiste a imaginé cette nouvelle solution de déneigement, en utilisant la forte réaction exothermique de décomposition des grains de raisins (plus forte qu'un compostage) et sa capacité à stocker des principes actifs, y compris des sels. Pour son conditionnement en granules (de 0,5 à 3 mm), la formulation du produit basée principalement sur les résidus de pressage a été complétée par un agglomérant, lui-aussi d'origine naturelle et biodégradable, tel que des vinasses ou mélasses. Outre d'être très nettement moins impactant pour l'environnement que des sels traditionnels de déneigement, ce nouveau produit est aussi une réelle opportunité de valoriser des résidus agricoles et agro-alimentaires et réduire de ce fait les coûts des déchets pour ces filières (en évitant notamment l'incinération pour certains déchets). A terme, BTHI Holding entend s'intéresser aussi à d'autres ressources agricoles non alimentaires (déchets de pression d'huile, broyage de rafle de maïs etc.) pour produire du SnowFree. A noter aussi que la production du granulé de SnowFree génère un résidu qui est directement utilisable comme engrais agricole, sans aucune étape supplémentaire. Au plan industriel, la jeune société affiche des ambitions déjà importantes. Cette campagne d'hiver devrait lui permettre de produire 10 000 tonnes de son produit, mais la production devrait être beaucoup plus significative dès l'an prochain avec le développement d'un site de production en France (le site est encore à l'étude). Des accords de partenariats et franchise devraient aussi être conclus à l'international pour accélérer le déploiement de la technologie dans toutes les régions du monde concernées par le problème d'enneigement.
Publié le 9 janvier 2012 15:12:51
|