Les activités sportives en montagne l'hiver, en hors piste, impactent de plus en plus fortement la faune sauvage. Des chercheurs suisses se sont donc attachés à quantifier cet impact et le modéliser spatialement, notamment en vue de proposer des solutions optimales de gestion de ces conflits.
Les sports d'hiver, à commencer à le domaine skiable, exercent un impact négatif sur la faune sauvage. Mais ils ne condamnent que 10 % de la surface d'habitat hivernal. En revanche, le ski hors piste (randonnées à ski, à raquette ou snowboard et autre "free ride") par définition va exercer son influence sur une très grande majorité de la surface d'habitat hivernal de la faune. Or sa pratique va croissante, risquant d'engendrer de réels problèmes pour la survie de certaines espèces menacées, notamment en les condamnant à fuir (entraînant des déperditions énergétiques qui peuvent mettre leur vie en danger).
Pas facile pour autant d'évaluer cette influence du ski hors piste et quantifier les impacts. C'est pourtant à cette tâche que se sont attelés des chercheurs suisses, biologistes de l'Université de Berne et de la station ornithologique suisse. Ils ont développé un nouveau modèle spatial prédictif (présenté dans la revue Ecological Application) qui permet de mesurer cet effet du hors-piste est de localiser précisément dans le paysage les zones de conflits majeurs entre les activités sportives et la faune sauvage.
Les scientifiques se sont intéressés plus particulièrement au tétras lyre, un oiseau très menacé (un type de coq sauvage) qui habite les écosystèmes de transition entre la forêt subalpine, les landes et les pelouses, espaces qui sont aussi les plus prisés par les activités hors pistes. Ils ont photographié en hiver depuis un petit avion les habitats, mais aussi toutes les traces visibles de skieurs, de randonneurs et de tétras lyres. Ils en en déduit un modèle qui permet de calculer une probabilité de co-occurrence entre cette espèce et les activités "free-ride" et donc de quantifier l'effet du hors-piste sur la présence des tétras. Les résultats sont ainsi sans appel : les tétras évitent les zones fréquentées par les sports d'hiver, quel que soit leur type. Les espaces les plus fréquentés en hors piste sont même en grande partie désertés. Les chercheurs ont ainsi estimé que 16 % de l'habitat hivernal des tétras lyre est fortement affecté par le hors piste et globalement 67 % de la surface d'habitat naturel sont impactés par les activités hors piste. Avec les 10 % condamnés en plus par le domaine skiable, il ne reste finalement plus que 23 % de l'habitat hivernal qui ne subissent aucun impact.
Grâce au modèle, l'intensité du conflit peut être représentée spatialement, ce qui devient un outil pour planifier des mesures de protection très ciblées. L'idée serait ainsi, sur la base du modèle, de créer des petits refuges hivernaux (40 ha de superficie chacun) optimalement placés dans le paysage. Cette stratégie serait bien adaptée aux tétras lyres qui sont réellement très menacés tout en permettant l'acceptation par les usagers du ski de la mesure en n'introduisant qu'une contrainte relativement faible pour eux. Ainsi, les chercheurs ont proposé aux autorités valaisannes la création de 31 refuges hivernaux pour protéger le tétras lyre, l'espèce la plus menacées dans les Alpes par le hors piste.
contact : Prof. Raphaël Arlettaz
Université de Berne
raphael.arlettaz@iee.unibe.ch